Comment recycler une aiguille dans une botte de foin ?

Comment recycler une aiguille dans une botte de foin ?

 « Pour trouver une aiguille dans une botte de foin, c’est facile : brûlez la botte et l’aiguille apparaîtra » Pierre Dac, L’Os à moelle, Juin 1938

Dans un monde où les ressources deviennent de plus en plus rares, augmenter le taux de recyclage est essentiel. Mais comment faire lorsque les matières à recycler sont mélangées en faible quantité avec d’autres matières, ou tellement imbriquées avec celles-ci, qu’il n’est techniquement et économiquement plus possible de les séparer avec les technologies de tri actuelles ?

Cette situation est courante et représente l’un des principaux freins à l’accroissement des taux de recyclage. C’est le cas dans les résidus de broyage automobile (RBA), de déchets électroménagers électriques et électroniques (les D3E), de briques Tetrapack ou encore les capsules de café avec l’aluminium. Par exemple, les résidus de D3E (c’est-à-dire ce qui reste après avoir récupéré tout ce qui est possible avec les technologies de tri traditionnelles, y compris du tri manuel) peuvent contenir encore quelques pourcents de cuivre et quelques grammes d’or, d’argent et de Palladium représentant une valeur commerciale de près de 1000 EUR par tonne. A défaut de solutions techniques, ces déchets vont pourtant en enfouissement ou en incinération.

Alors que penser de la solution proposée par Pierre Dac ? C’est une très bonne intuition, notamment parce que les matières d’intérêt à recycler sont souvent mélangées avec d’autres déchets qui peuvent être de très bons combustibles.

Malheureusement, une simple combustion pose plusieurs difficultés. Le métal risque de fondre et de se retrouver mélangé avec le reste de la matière minérale dans des mâchefers non valorisables. Le métal va également se retrouver sous une forme oxydée le rendant plus difficile à valoriser. Enfin, l’énergie est produite sous forme de chaleur, la forme d’énergie la plus difficile à valoriser… et qui ne sert bien souvent qu’à chauffer les petits oiseaux.

Distiller la matière solide en imitant la nature

La bonne solution, c’est la pyrolyse, un traitement thermique mais en absence d’oxygène. La pyrolyse est le process à l’origine des énergies fossiles. Les technologies de pyrolyse reproduisent ce process naturel en quelques secondes/minutes au lieu de 500 millions d’année. En chauffant la matière à une température suffisante mais inférieure à la température de fusions des métaux, on va transformer la matière combustible en des composés énergétiques sous forme de gaz, d’huile et de charbon (similaire au gaz naturel, pétrole et charbon), qui pourront être plus facilement utilisables par la suite, par exemple en substitution du gaz naturel dans une chaudière ou dans un moteur à combustion interne. C’est pour cette raison que la pyrolyse est parfois présentée comme une distillation de la matière organique solide. Cerise sur le gâteau, on va retrouver dans les cendres les métaux ou autres matières d’intérêt, avec des concentrations beaucoup plus fortes et d’où ils seront plus facilement récupérables sous une forme non oxydée.

Valorisation matière et énergétique – via pyrolyse

Quand valorisations matière et énergétique sont complémentaires

Dans la hiérarchie de mode de traitement des déchets, la valorisation matière doit primer par rapport à la valorisation énergétique, le mieux étant de ne pas produire de déchets. Mais lorsque les déchets sont produits, les valorisations matière et énergie sous forme de pyrolyse peuvent devenir les deux faces de la même médaille. Ceci va permettre d’augmenter le taux de recyclage de différentes matières d’intérêt tout en permettant grâce aux revenus générés par ce recyclage de produire des composés énergétiques compétitifs avec les énergies fossiles actuelles (trop) bon marché. Recyclage de ressources rares et substitution aux énergies fossiles de déchets locaux et en partie renouvelables se complètent alors pour favoriser la sauvegarde de l’environnement et la compétitivité de notre industrie sur le territoire dans le cadre d’une économie circulaire.

Philippe Hugeron (via linkedin) Directeur associé chez Valoneo